Mon expérience de Panchakarma au Kerala : 28 jours pour remettre mon corps, mon souffle et ma vie en mouvement
Je suis partie au Kerala pour faire un Panchakarma de 28 jours, avec une intention simple et profonde : remettre de l’ordre dans mon corps, apaiser mon système digestif, retrouver de l’énergie et me réaligner intérieurement. Voici le récit, à la première personne, de cette traversée physique,
Pourquoi je suis partie faire un Panchakarma en Inde
J’avais besoin d’un reset.
Le cap de la quarantaine n’est pas un mythe. Depuis des mois, peut-être même des années, je traînais une fatigue que je n’arrivais plus à banaliser. Une fatigue pas toujours spectaculaire, mais installée. Une fatigue qui brouille l’élan, ralentit les projets, alourdit le corps et finit par faire croire que c’est normal. À un moment, j’ai senti que je ne pouvais plus contourner le sujet. Il fallait que je me choisisse. Que je choisisse mon corps. Que je choisisse ma santé avec sérieux.
C’est dans cet état d’esprit que je suis partie faire un Panchakarma de 28 jours au Kerala, en Inde. Je ne suis pas allée chercher une parenthèse bien-être au sens touristique du terme. J’y suis allée pour un vrai travail de fond. Mon intention était claire : nettoyer profondément le système digestif, retrouver de l’énergie, mais aussi remettre de l’ordre dans mes routines alimentaires, émotionnelles, spirituelles et relationnelles. J’avais besoin de revenir à une forme d’alignement. De passer à un autre niveau de présence à moi-même.
Entrer dans le rythme du lieu
Sur place, chaque journée était structurée. Réveil tôt, eau chaude, soins, yoga, consultations, repas sobres, silence, poojas, coucher avant 21h ou presque. Ce rythme, au début, peut sembler strict. En réalité, il agit comme une matrice. Il enlève les options inutiles. Il réduit la dispersion. Il remet le corps dans un langage plus simple.
Chaque jour, j’avais une consultation avec le médecin ayurvédique. C’était un vrai fil conducteur. On ajustait les traitements, on observait le transit, le sommeil, l’énergie, l’appétit, le poids, l’humeur, les réactions aux soins. J’ai trouvé cela très précieux. Le soin n’était pas figé. Il évoluait avec mon état.
Les soins commençaient toujours par un chant. Assise sur un petit tabouret, j’entendais cette invocation ancienne, récitée avant le massage, comme une manière d’ouvrir l’espace thérapeutique. J’aimais beaucoup cette idée qu’on ne commence pas seulement par un geste technique, mais par une intention. Cela donnait une tonalité particulière à l’expérience. Le soin n’était pas seulement corporel. Il engageait aussi l’attention, le respect, la présence.
Les massages ayurvédiques : entre surprise, pudeur et abandon
Les massages ayurvédiques ont été l’un des premiers grands dépaysements de ce séjour. Ils étaient profonds, enveloppants, très codifiés. Cela commençait par le crâne, les épaules, le dos, puis venait le massage du corps entier à l’huile chaude, souvent à quatre mains. Il n’y avait presque rien entre le corps et la table en bois, juste une serviette. Par moments, c’était rude. Très loin d’un massage cocooning au sens occidental.
Au début, j’étais aussi déstabilisée par le protocole lui-même. Il fallait se tourner au bon moment, comprendre sans qu’on explique toujours, suivre un rythme déjà parfaitement connu des thérapeutes. J’avais parfois l’impression qu’il fallait deviner. Comme si le corps devait entrer dans une chorégraphie ancienne.
Il y avait aussi la question de la nudité, qui m’a beaucoup gênée au début. Puis, très vite, cette gêne s’est effacée. J’ai compris qu’elle permettait surtout au massage de se déployer sans interruption, sans couture, de la tête aux pieds. L’huile chaude créait une sorte de cocon. Le soin devenait une expérience continue, unifiée, sans barrière. C’est étonnant comme le corps s’habitue vite à ce qui, la veille encore, paraissait inconcevable.
Les premiers jours : chaleur, confiance et mise en route du corps
Les deux ou trois premiers jours ont été une forme de sas. Massages, sauna, bonne nourriture, découverte du lieu, premières consultations. Une mise en confiance. J’étais surprise par la profondeur des soins, par leur intensité, et déjà consciente que quelque chose de plus vaste allait se jouer.
L’objectif posé par le médecin était clair : travailler la digestion, le transit, nettoyer l’intestin, réduire la stagnation, aider le système nerveux à se détendre. Très vite, le mot qui revenait était celui de Vata aggravé, sur un terrain plutôt Vata-Kapha, puis plus tard plutôt Kapha dominant. Concrètement, cela se traduisait chez moi par de la constipation, du manque d’appétit, de la fatigue, des réveils nocturnes, du stress interne, une sensation de lourdeur et de blocage.
La phase Basti : Jour 3 à 12
Du 15 au 24 février, je suis entrée dans ce qui a été, avec du recul, la phase la plus éprouvante : les bastis, c’est-à-dire les lavements, accompagnés de massages, de sauna, de médicaments à base de plantes et d’huile de ricin pour faciliter le transit.
Sur le papier, cela semblait simple : nettoyer, relancer, faire circuler. Dans le corps, c’était autre chose.
Je sentais de la résistance. Malgré les lavements, les promenades, le yoga, la chaleur, les médicaments, aller à la selle restait difficile. Le ventre était souvent gonflé. Il y avait des gaz, parfois très présents la nuit. Par moments, j’avais la sensation paradoxale d’être à la fois constipée et vidée. Le transit bougeait, mais incomplètement.
Le médecin ajustait les doses, modifiait les préparations, changeait la concentration des lavements, augmentait l’huile de ricin, cherchait le bon équilibre. J’observais en direct à quel point le corps ne se laisse pas forcer. Il répond, mais à sa vitesse.
Quand le mental commence à résister lui aussi
Les repas, pendant cette période, étaient austères. Soupes, légumes, kitchari, fruits. Au début, j’acceptais cela très facilement. Puis, au fil des jours, mentalement, quelque chose s’est crispé. J’ai fini par avoir la sensation d’être en prison. Ce n’était pas tant une faim brutale qu’une lassitude profonde. La répétition des mêmes plats, l’absence de variété, le fait de devoir suivre sans négocier.
C’est là que j’ai compris qu’une cure n’est pas seulement une affaire de volonté. Elle met aussi en lumière nos attachements les plus ordinaires : le goût, l’habitude, la distraction, l’envie de choisir.
Dormir beaucoup, dormir autrement
Dans les montagnes très vertes du Kerala, j’ai probablement dormi plus que jamais dans ma vie. Je m’endormais régulièrement avant 21h et, malgré cela, il m’était souvent difficile de me lever pour le yoga de 6h. J’aurais pu me juger. J’aurais pu me dire que je devais suivre le rythme parfait. Mais je ne voulais pas transformer cette cure en compétition. Le médecin a d’ailleurs accueilli ce besoin de sommeil comme quelque chose de juste.
Et pourtant, le sommeil n’était pas linéaire. La nature était omniprésente, magnifique, mais sonore. La nuit, la salle de bain de mon bungalow recevait des visiteurs inattendus : araignées, limaces, fourmis, grenouilles. J’ai souvent senti mon système nerveux en état d’alerte, comme si une partie de moi ne parvenait pas totalement à sortir du mode survie. Là encore, la cure ne révélait pas seulement des symptômes physiques. Elle mettait à nu des réflexes plus profonds.
Une immersion totale dans la nature du Kerala
Ce séjour était aussi un bain de vivant. Il y avait les singes, toujours un peu imprévisibles, qui arrivaient en groupe et prenaient possession des lieux avec une énergie d’enfants turbulents. Il y avait aussi les écureuils géants, impressionnants, presque irréels, avec leur longue queue et leur bruit si particulier. Le lieu était à la fois thérapeutique et sauvage. Il fallait composer avec cela. Accepter de ne pas tout contrôler.
La nourriture ayurvédique : simple, délicieuse et exigeante
Hors phases de traitement intensif, la nourriture était délicieuse. J’ai aimé la finesse de beaucoup de plats, la chaleur, la simplicité, le soin apporté aux textures. Tous les dimanches midi, il y avait un repas spécial, plus festif, avec plusieurs préparations. C’était attendu comme une respiration.
J’ai aussi beaucoup appris. Commencer les repas par un fruit de saison. Éviter de mélanger les fruits entre eux. Manger lentement. Mastiquer longuement. Éviter de parler pendant le repas pour ne pas avaler de l’air et perturber la digestion. Manger chaud, surtout avec un terrain Kapha. Ne pas manger parce qu’il est l’heure, mais parce qu’il y a un véritable appétit.
Cela peut paraître simple, mais pour moi, cela a été une vraie remise en question. J’ai réalisé à quel point je mangeais souvent par automatisme.
La phase du ghee : Jour 13 à 17
Du 25 février au 1er mars,, j’ai vécu ce qui a été la phase la plus marquante de la cure : la prise de ghee médicinal le matin, avec des doses qui augmentaient progressivement. C’était la phase de Sneha Pana, une étape centrale de préparation au Panchakarma profond.
Les doses, dans mon cas, ont été les suivantes :
- Jour 1 : 70 mL
- Jour 2 : 110 mL
- Jour 3 : 140 mL
- Jour 4 : 200 mL
- Jour 5 : 240 mL
Boire du ghee fondu au réveil, plusieurs jours de suite, n’a rien d’anodin. Le corps ralentit. L’appétit disparaît presque complètement. L’énergie baisse. Le temps change de texture. Je mangeais très peu, souvent un porridge une fois par jour, et j’étais extrêmement sélective dans mes interactions. J’avais besoin de préserver mon énergie. Je lisais beaucoup. J’écrivais énormément. J’observais. Tout semblait à la fois ralenti et amplifié.
C’est lors de cette phase que j’ai le plus clairement expérimenté la différence entre envie de manger et faim réelle. Cette distinction, qui paraît banale, m’a bouleversée. J’ai vu combien l’alimentation peut être un geste émotionnel, compensatoire, social, nerveux. Et combien, à l’inverse, manger peu mais avec conscience peut ouvrir un espace de perception très fin.
Méditation, journaling et mémoires profondes
Le 4 mars a eu lieu le Vamana, c’est-à-dire le vomissement thérapeutique. La veille, j’ai écrit tout ce que je voulais laisser partir : croyances limitantes, mémoires d’anciennes relations, attachements, poids invisibles.
Le lendemain matin, dès 6h, j’étais prête.
J’ai brûlé ce papier le matin du soin. C’était mon rituel à moi. Une façon d’entrer dans ce moment avec conscience.
J’ai bu au total 9 litres :
- 3 litres de lait chaud
- 3 litres d’une décoction à la réglisse
- 3 litres d’eau salée
Et, il a fallu vomir. Au fur et à mesure. Tout faire sortir.
Je n’ai pas vécu cela comme une épreuve spectaculaire, mais comme une traversée. Je savais qu’il fallait que quelque chose quitte le corps. Et qu’il fallait laisser le processus aller jusqu’au bout. Ce n’était ni agréable, ni romantique. C’était brut. Organique. Radical. Et en même temps, profondément cohérent avec la logique de la cure.
Ce qui m’a frappée ensuite, c’est que cette intensité a été suivie d’un vrai changement. Plus d’énergie. Plus de clarté. Un meilleur sommeil. Un soulagement émotionnel. Comme si le système entier avait eu besoin de ce passage pour se réorganiser.
La phase de régénération : Nasya, Shirodhara et reconstruction
La dernière semaine a été celle de la rejuvenation phase : massages, sauna individuel, poudre exfoliante pour la peau, Nasya pour le nez, Shirodhara pour calmer et nourrir le système nerveux.
Après la phase de purification, j’ai senti que le travail devenait plus intégratif. Moins on enlève, plus on reconstruit. Mon énergie remontait. Je dormais bien. Je retrouvais des sensations plus nettes. Mon ventre était plus calme. Ma peau, plus souple. J’avais même l’impression que quelque chose s’était éclairci dans mon visage.
C’est aussi dans cette période que j’ai senti une libération émotionnelle plus tangible. Des souvenirs positifs revenaient. Des regrets perdaient de leur emprise. Une forme de liberté, plus simple, s’installait.
Les poojas, Vishnu et ce que ce voyage a déplacé en moi
Ce voyage a été bien plus qu’une cure digestive. Il m’a mise face à des schémas répétitifs, à des dynamiques transgénérationnelles, à ma façon de me relier, de donner, de me disperser, de me protéger.
Les poojas auxquelles j’ai assisté m’ont profondément touchée. Un pooja, dans la tradition hindoue, est un rituel d’offrande, de prière et de présence. Ce n’est pas seulement joli ou exotique. C’est une manière d’entrer en relation avec une intelligence du vivant plus vaste que soi.
J’y ai ressenti un rapprochement particulier avec l’énergie de Vishnu, celle de la préservation, du maintien, de la continuité. Ce séjour m’a rappelé quelque chose de très simple et de très exigeant à la fois : prendre soin de moi n’est pas un détour par rapport à ma mission. C’en est une condition.
En tant que thérapeute, je ne suis pas là pour sauver. Je suis là pour guider, dans le respect de la souveraineté et du libre arbitre de chacun. Cette nuance change tout. Elle permet de servir sans se sacrifier.
Après la cure : Goa, transition et premiers effets concrets
Après la cure, je suis partie quelques jours à Goa. La mer, la lumière, les cours de yoga en drop-in, la piscine, les balades, les fruits et légumes frais, la nourriture non végétarienne à nouveau. Une transition douce avant le retour en France. Une façon d’atterrir autrement.
À J+15, je constate déjà des choses très concrètes. Mon ventre n’est plus inflammé comme avant. La détente intérieure est réelle. Je sens un apaisement au niveau du nerf vague, une stabilité plus saine, une énergie plus ancrée dans le quotidien.
Tout n’est pas réglé pour autant. La constipation reste un sujet de fond, qui demande aussi des explorations médicales plus poussées et un travail diététique sur le long terme. Mais quelque chose a incontestablement bougé.
Je ne suis pas revenue parfaite. Je suis revenue plus à l’écoute. Plus stable. Plus consciente. Avec moins de bruit intérieur. Avec des routines plus nettes. Avec un rapport plus honnête à mon corps.
Et parfois, c’est déjà immense.
